Dépêche AEF : les propositions du groupe Marc Bloch

Présidentielle 2012 : le think tank « Marc Bloch » préconise la création « d’un seul établissement par territoire », appelé « université »

Atteindre, d’ici à 2017, 50 % d’une classe d’âge diplômée du supérieur, élaborer des « schémas stratégiques régionaux » pour simplifier l’offre de formation du territoire, regrouper l’ensemble des formations sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ou encore créer « un nouveau type d’établissement, appelé génériquement ‘université’ », par territoire : ce sont quelques-unes des propositions sur l’enseignement supérieur et la recherche présentées par le groupe « Marc Bloch » à AEF jeudi 2 février 2012. Ce groupe se dit composé de « 59 présidents d’université, directeurs d’établissement d’enseignement supérieur et de recherche et hauts fonctionnaires », dont la plupart veulent garder l’anonymat du fait qu’ils sont en fonction. Ce groupe a deux porte-parole officiels : Axel Kahn, ancien président de Paris-Descartes et candidat PS aux législatives à Paris, et Lionel Collet, ancien président de Lyon-I, actuellement conseiller enseignement supérieur et recherche de Vincent Peillon, lui-même en charge de ces domaines dans l’équipe de campagne de François Hollande, le candidat du PS à l’élection présidentielle.

« Nous transmettons des notes à François Hollande, mais nous ne sommes pas ses porte-parole », commente pour AEF un membre du groupe. Il n’est pas nécessaire d’être socialiste pour être dans le groupe, ce qui réduirait trop le spectre. Nous sommes un petit think tank de gauche, social-démocrate, souhaitant la victoire de François Hollande contre Nicolas Sarkozy. »

Le groupe formule une vingtaine de propositions, articulées autour de trois grands axes : « élargir l’accès à l’enseignement supérieur, assurer la réussite des étudiants », « investir dans la jeunesse, un plan national pour la vie étudiante » et « un service public conquérant ».

Lionel Collet commente ces propositions pour AEF. Il souligne ainsi que « la dotation par étudiant devra augmenter », notamment en investissant « en moyens humains supplémentaires pour l’encadrement en première année de licence ». Il précise que l’objectif, en termes d’effort budgétaire, est de « tendre vers 3 % du PIB » pour l’enseignement supérieur et la recherche, dans le but de « rapprocher la situation française de celle constatée dans les autres pays développés ».

Le groupe « Marc Bloch » préconise aussi que le « MESR se [recentre] sur un rôle de stratège et de pilote de la politique nationale de formation et de recherche, coordonnant effectivement la totalité des programmes des différents ministères impliqués ». « La formation doit revenir au MESR, mais les autres ministères ont leur mot à dire sur les habilitations et les droits d’exercice », notamment pour les filières de santé, souligne Lionel Collet.

UN NOUVEAU TYPE D’ÉTABLISSEMENT UNIQUE PAR TERRITOIRE

Concernant la création d’un « nouveau type d’établissement appelé génériquement ‘université’ », le texte en détaille ainsi les modalités : « Hors Île-de-France, on tendra vers la création d’un seul établissement par territoire (par exemple la région ou l’académie). Le cadre législatif révisé promouvra en particulier la qualité démocratique et collégiale des institutions. Il permettra une application adaptée aux situations locales dans leur diversité. Les écoles ont vocation à rejoindre ces nouveaux établissements. Les forces locales des organismes de recherche seront parties prenantes des nouvelles universités ».

« Les composantes et les laboratoires feront la nouvelle ‘université’ », explique Lionel Collet. « Il ne s’agit pas de multiplier le nombre d’établissements », mais « ’l'université’ doit être complète et intégrer des composantes des SHS et des sciences dures ». « Si l’établissement appelé ‘université’ est de grande taille, il faut qu’il y ait une délégation [du pouvoir décisionnel] vers les composantes et les conseils », comme le Cevu (conseil des études et de la vie universitaire) et le CS (conseil scientifique), détaille-t-il.

REDÉFINIR LE « MILLE-FEUILLES » DE STRUCTURES

Autre proposition : simplifier le « mille-feuilles récemment cuisiné, (idex, PRES, labex, équipex, idefi, CVT, Satt, IHU, IEED, IRT, RTRA, ANR, Aeres, ITMO, Alliances, filiales, fondations…) ».

« Le rôle et les missions de chaque structure doivent être clairement définis en veillant à leur complémentarité avec les ‘universités’, les organismes de recherche et leurs organisations internes », écrit le groupe. Lionel Collet distingue « les structures dotées d’une personne morale », comme les PRES, des appels à projets, comme les equipex ou les labex, « que l’on doit garder car le pays accuse un retard », juge-t-il. « Mais a-t-on besoin de toutes ces fondations ? », interroge Lionel Collet.

« L’ANR a sa place dans le dispositif, assure-t-il aussi, mais sur des projets prioritaires de l’État ou émergents. Son rôle doit être circonscrit. » Dans le même ordre d’idées, le groupe souhaite rééquilibrer « les dotations récurrentes des laboratoires et les dotations sur projets ». « Les universités seront mises en capacité de financer des projets à risque », sur le modèle de ce qui se fait à Boston où « une structure pilotée par un groupe de scientifiques répond à des projets innovants et débloque des financements rapidement », commente Lionel Collet.

Sur le volet recherche, le groupe « Marc Bloch » se fixe l’objectif de « soutenir toutes les excellences ». Deux autres propositions sont faites : « Les organismes de recherche seront soutenus pour leur rôle de programmation nationale » et « le périmètre du CIR sera révisé pour notamment éviter les effets d’aubaine, favoriser le développement des PME-PMI et encourager l’embauche de docteurs ».

POUR UNE OFFRE DE FORMATION « ADAPTÉE AUX TERRITOIRES »

« En augmentant la réussite des bacheliers », l’objectif de 50 % d’une classe d’âge diplômée du supérieur d’ici à 2017 est « accessible », estime le conseiller de Vincent Peillon. Cet objectif s’articule avec la création « de nouvelles filières et formations à proposer dans le cadre régional ». Définir « un schéma stratégique territorial avec tous les acteurs », sur le modèle des schémas directeurs régionaux, permettrait de « simplifier et de rendre lisible l’offre de formation », y compris « les formations qui ne dépendent pas du supérieur ».

Il faut qu’un jeune « puisse avoir accès à un établissement d’enseignement supérieur à une courte distance », souligne-t-il, mais il faut également « envisager une passerelle des formations courtes vers les universités et des universités vers les filières courtes ». Par ailleurs, Lionel Collet estime qu’il faut « accroître [le nombre] de cycles courts, en lien avec les besoins économiques ». Le groupe « Marc Bloch » avance aussi l’objectif de « diversifier les parcours » : « Nous devons concevoir que, pour certains, la licence prendra quatre ans. Ces étudiants en difficulté doivent être repérés et encadrés par des personnes dont c’est la mission, et/ou des enseignants », précise-t-il.

VERS UN « PARCOURS D’AUTONOMIE »

Le groupe « Marc Bloch » liste enfin plusieurs propositions en matière de conditions de vie des étudiants, notamment la création d’un « parcours d’autonomie [qui inclut] des droits (concernant les conditions de vie, d’études et d’environnement, de nouveaux services proposés par les établissements), des aides modulées en fonction de la situation personnelle (bourses, accès à l’alternance, prêt) et des devoirs (assiduité, réussite, voire une forme de restitution à long terme) ». L’idée est, pour Lionel Collet, de « mener une réflexion sur l’ensemble des aides directes et indirectes et de mettre en place une allocation d’études pour ceux qui en ont besoin, ceux dont les parents n’ont pas fait d’études dans l’enseignement supérieur ». « En fonction du diplôme obtenu, la restitution d’une partie des aides sociales pourrait se faire sous forme [d'un prélèvement] fiscal », indique-t-il enfin.

Ces propositions ont été publiées par l’Agence Education France le 2 février 2012.

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La xénophobie n’est pas une science exacte

Côté pile : le programme des investissements d’avenir. 20 milliards d’euros promis à la recherche et l’enseignement supérieur, à travers des appels d’offre destinés aux établissements et projets académiques les plus compétitifs à l’échelle internationale. Un concours où l’intensité des échanges à travers le monde est une des conditions du succès. Dont les financements iront notamment à inviter des étudiants ou des chercheurs à rejoindre nos laboratoires. Et dont les épreuves écrites et orales se dérouleront « in english » : « it’s an international jury who’s in charge of the decision ».

Côté face : la politique d’immigration. Par une circulaire en date du 31 mai 2010, à peine nuancée par l’annonce d’une autre à paraître prochainement, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant promeut le fait de diminuer le nombre de jeunes diplômés étrangers autorisés à rester en France pour y entamer leur carrière professionnelle.

La décision s’ajoute à d’autres, antérieures. On se souviendra du fait que l’obtention du visa est désormais liée au passage d’un test de maîtrise du français, y compris pour des étudiants issus de pays dont c’est la langue nationale, ou inscrits dans des formations qui ne se déroulent pas dans notre langue.

Une politique de fermeture xénophobe qui asphyxie la croissance

Cette politique est encore plus absurde qu’elle n’y paraît. Economiquement, on identifie d’abord un gâchis pour les finances publiques. La France se propose d’investir dans la formation d’excellents étudiants étrangers, avant de les mettre à la porte, s’assurant ainsi qu’ils exerceront ailleurs leurs talents professionnels. Paris forme, Berlin recrute, pour reprendre la formule du collectif du 31 mai, date de parution de la circulaire.

On peut aller plus loin : le président de la République multiplie les formules sur l’économie de la connaissance. L’attractivité nationale est un atout majeur pour le dynamisme économique. Cette politique de fermeture xénophobe asphyxie la croissance.

Un quart des Nobels américains sont des immigrés

Scientifiquement, on se contentera de relever qu’un quart des prix Nobel décernés à des Américains ont distingué des immigrés dans ce grand pays. On précisera qu’en France aussi, la présence d’étudiants étrangers se vérifie surtout au meilleur niveau d’études, avec plus de 40% d’étudiants étrangers en doctorat. A vrai dire, sans les thésards étrangers, beaucoup de nos laboratoires rencontreraient des difficultés majeures.

Diplomatiquement enfin, cette politique d’immigration n’en finit pas de faire des ravages. La gesticulation coûteuse, inefficace et inquiétante vis-à-vis des étrangers sans papiers entachait déjà l’image du pays des droits de l’homme. Les objectifs de réduction de l’immigration légale provoquent encore plus de dégâts.

Il n’est pas difficile de comprendre le calcul électoral qui sous-tend l’action gouvernementale. Notre pays mérite mieux. C’est une partie de son âme et de son avenir qu’il joue sur ces sujets. A l’approche de la nouvelle année 2012, formons le vœu que la patrie des Lumières revienne vite à la raison.

 

Publiée sur Rue 89 le 10/01/2012, cette tribune a été rédigée par le groupe Marc Bloch, qui réunit 59 présidents, directeurs d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche et hauts fonctionnaires.

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Le budget des universités pour les nuls

S’il y a quelque chose de certain concernant le budget des universités, c’est que plus personne n’y comprend rien ! Un drame en trois actes s’est déroulé sous nos yeux.

Acte I : Abondance.

La loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) est votée avec son cortège de moyens : plan licence, plan campus et plus tard grand emprunt. Mieux encore, le Premier ministre promet un plan d’augmentation d’un milliard par an, pendant cinq ans, du budget de l’enseignement supérieur, et un autre plan du même ordre pour la recherche.

Acte II : Promesses non tenues.

Les milliards promis ne sont pas au rendez-vous, le plan licence se dissout, pis : une commission parlementaire dirigée par la droite s’aperçoit que, sur les 5 milliards promis, seuls 50 millions ont été versés trois ans après ! C’est un rapport de 1 sur 100.

Acte III : La descente aux enfers.

Le ministre rend public une liste de 8 universités en déficit devant passer sous gestion rectorale. D’autres ne peuvent faire face aux coûts salariaux transférés (et sous-évalués). C’est la fin de l’autonomie et le début de la mise sous tutelle.

Comment en est-on arrivé là ? Les présidents des universités ont-ils dilapidé les milliards promis ? Non, bien sûr ! Nous payons le prix des promesses imprudentes et d’une politique de communication qui confond l’effet d’annonce et la traduction en actes des nécessités de gestion.

Une université, ce sont des étudiants auxquels on doit donner une formation et un passeport pour l’emploi. Comme il s’agit d’une formation universitaire, elle doit s’adosser à une recherche qui n’existe qu’au niveau international. Pour réaliser cela, il faut des moyens aux standards mondiaux et d’abord des enseignants et des chercheurs (mais également des personnels administratifs et techniques), donc des emplois. Il faut aussi des bibliothèques, des salles de cours et l’accès aux technologies de l’information et donc remettre à niveau des bâtiments dont la majorité a été construite dans les années 70 (quand ce ne sont pas des «monuments historiques») et pas ou peu rénovés depuis.

La France dépense historiquement moins pour ses étudiants que la moyenne des pays de l’OCDE. Pis, elle concentre ses moyens sur des filières qui n’ont pas de reconnaissance internationale et peu ou pas de recherche : classes préparatoires, grandes et petites écoles, etc. Or le standard international c’est la formation par la recherche et la recherche c’est… l’université !

En période de crise, plus qu’à tout autre moment, il faut investir dans l’avenir et dans la compétitivité internationale d’une nation. Il n’y a pas de secret : pour former les cadres de demain, les inventeurs des nouvelles technologies, les ingénieurs, les commerciaux qui nous permettent de concevoir, de créer, de fabriquer et d’exporter des richesses, il faut investir dans notre jeunesse et lui permettre de déployer sa créativité. C’est la seule solution pour maintenir notre économie à flot.

Pour cela, il est indispensable que nos étudiants reçoivent une formation aux plus hauts standards internationaux. Il faut plus d’enseignants pour en finir avec les amphithéâtres surchargés, il faut des bâtiments dignes de ce nom (et donc ne pas distribuer 1% des sommes promises), il faut une recherche compétitive et donc en finir avec les coupes claires dans les budgets des universités et de la recherche. Investir dans l’avenir ne doit pas être un slogan, nous demandons des actes.

 

Publiée dans Libération du 16/12/11, cette tribune a été rédigée par le groupe Marc Bloch, qui réunit 59 présidents, directeurs d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche et hauts fonctionnaires.

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L’autonomie des universités réduite aux acquêts

Dans le budget de l’enseignement supérieur, il n’y a que celui de la communication du ministre qui augmente. La Cour des comptes vient d’en dénoncer le doublement.

Pour le reste, c’est tristesse et désolation. Cinq milliards étaient promis aux universités en 2007, au mieux un tiers. En réalité, un cinquième a été accordé. Pour l’ensemble de la recherche, on parlait de 9 milliards, mais ce qui fut accordé là fut repris ailleurs, annihilant tout progrès possible. Ainsi est étouffée l’autonomie des universités, promulguée avec la loi du 11 août 2007 dite « LRU » et vantée comme la principale réussite du quinquennat.

En effet, l’autonomie d’un « établissement public » de l’Etat est entendue comme un mode de gouvernement qui permet la détermination d’une stratégie par les parties prenantes locales. Elle n’est possible qu’accompagnée de moyens financiers pour faire des choix et les assumer !

On en est loin. Quatre universités ont déjà communiqué publiquement sur leurs difficultés à boucler leur budget. Plus d’une dizaine d’universités risquent de passer demain sous gestion rectorale, suite à la présentation de deux comptes de résultat déficitaires. Pire, le compte de résultat consolidé 2010 de l’ensemble des universités est en déficit pour la première fois !

Que fait le gouvernement ? Il se contente de médiocres rustines, comme l’attribution en urgence de 15 millions d’euros pour soi-disant couvrir les deux tiers du déficit de masse salariale lié au « glissement vieillesse technicité » (GVT). Rappelons qu’il avait évalué lui-même en 2010 le coût annuel du GVT à 50 millions d’euros. Les universités vont devoir combler ce manque de financement en supprimant elles-mêmes des postes, ce qui va correspondre, est-ce un hasard, au non-remplacement, en moyenne, d’un départ à la retraite sur deux. Pire, il gèle les crédits de fonctionnement des universités. Cela interdit toute redistribution ou accompagnement des réformes en cours. Comme il faut trouver un coupable, ce seront les universités elles-mêmes accusées de mal gérer, voire la Conférence des présidents d’universités (CPU), simple association représentative, mais sans pouvoir coercitif.

Ainsi, l’autonomie vantée se traduit-elle dans la pratique par la réduction des crédits et le retour au contrôle et à la mise sous tutelle des universités par le rectorat. Le gouvernement utilise les mêmes techniques que celles dont il s’est servi pour mettre au pas les collectivités territoriales, étranglées par des transferts de charges de service public non compensées financièrement et donc taxées de mauvaise gestion. Il est grand temps que les discours soient suivis d’actes concrets ! Il n’y aura pas d’université de réputation mondiale en France sans effort budgétaire. Il n’y aura pas de projet ambitieux déployé sous tutelle administrative. L’autonomie réelle est indispensable, l’Etat étant parfaitement à même d’assurer la conduite d’une évaluation ex post par les instances qualifiées à cette fin.

Si ce gouvernement veut que ses divers plans (licence, campus, investissements d’avenir) ne soient pas rangés dans la catégorie « communication », il doit donner aux universités les moyens de leur liberté et de leur responsabilité, c’est-à-dire, en premier lieu, un financement digne et sincère.

Publiée dans Les Echos le 29/11/11, cette tribune a été rédigée par le groupe Marc Bloch, qui réunit 59 présidents, directeurs d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche et hauts fonctionnaires.

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Sauver l’emploi scientifique français : une cause nationale

Le gouvernement s’est félicité d’avoir préservé l’enseignement supérieur et la recherche d’une application stricte de la règle de « non remplacement d’un fonctionnaire sur deux » en visant une stabilisation des effectifs.

En fait, dans les universités, le contexte actuel conduit à leur inéluctable érosion, car la masse salariale allouée par l’Etat ne prend pas en compte l’effet « glissement vieillesse technicité » (GVT), qui est particulièrement vif dans les universités en raison d’une part de la technicité et de la spécificité des grilles salariales et, d’autre part, de la pyramide des âges qui leur est propre.

Pour la seule année 2010, le GVT représente 50 millions d’euros de charges annuelles supplémentaires (0,53 % de la masse salariale). Cette somme équivaut à 1.000 emplois à supprimer.

Or, l’enseignement supérieur et la recherche peuvent être ici assimilés à une industrie de services hautement qualifiés. Le Premier ministre a déclaré qu’ « investir massivement dans les secteurs technologiques, dans les secteurs d’avenir, dans la formation, dans l’innovation, et dans la recherche [...] entre dans le cadre des dépenses nécessaires à la croissance future. Les sacrifier serait totalement suicidaire. » Les propos et les actes sont contradictoires.

C’est non seulement le volume, mais aussi la qualité de l’emploi scientifique qui sont déterminants pour l’avenir de la société et l’économie française.

Il s’agit de rendre attractives les carrières scientifiques. D’autant que la compétition internationale est très vive et va s’intensifiant. Les jeunes chercheurs à haut potentiel n’ont aucun problème à trouver dans d’autres pays des laboratoires volontaires pour les accueillir. Les conditions qui leur sont proposées en France sont de moins en moins aptes à les convaincre.

On note en effet, depuis une vingtaine d’années une baisse sensible du pouvoir d’achat des universitaires et des chercheurs, non seulement vis-à-vis du secteur privé, mais également au sein de la fonction publique. A titre d’exemple, le salaire d’un maître de conférences en début de carrière (premier échelon) est de 1.770  euros nets, soit l’équivalent du traitement d’un jeune lieutenant de police, recruté au niveau licence. C’est bien peu pour un étudiant brillant qui a tout de même un niveau bac + 8 auquel s’ajoutent parfois plusieurs années de travail post-doctoral et la réussite à un concours très sélectif à l’université. Lorsque cet enseignant atteint le niveau supérieur de professeur d’université, au premier échelon, il perçoit royalement 2.570 euros nets. C’est ainsi que George Smoot, prix Nobel de physique, a été recruté par l’université Paris-Diderot pour moins de 4.000 euros.

La Banque mondiale a ainsi placé en 2009 la France dans les derniers rangs des pays développés pour le salaire des chercheurs, dont elle établit qu’il impacte la qualité des équipes de recherche.

Le plan de recrutement que nous appelons de nos voeux doit s’accompagner d’une revalorisation des métiers. Il s’agit de reconnaître le diplôme de docteur dans les conventions collectives et d’encourager les vocations scientifiques en augmentant les salaires au début des carrières. Il faut aussi revaloriser les salaires de tous les enseignants-chercheurs et chercheurs. Il faut enfin permettre l’accélération des carrières pour les plus investis.

Au-delà des effets de manches, le budget 2012 en préparation représente en l’état actuel un recul de l’investissement national pour la connaissance et l’innovation. N’est-ce pas ce que François Fillon appelle une politique suicidaire ?

Publiée dans les Echos le 08/08/11, cette tribune a été rédigée par le groupe Marc Bloch, qui réunit 59 présidents, directeurs d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche et hauts fonctionnaires.

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Le grand bonneteau du budget des universités

Dès le 28 novembre 2007, le Premier ministre et le président de la Conférence des présidents d’université signaient un protocole affirmant que « le gouvernement s’engage solennellement à accroître le soutien de l’Etat aux universités, à l’enseignement supérieur et à leurs étudiants d’un milliard d’euros par an pendant cinq ans ». Aujourd’hui, on évalue cette hausse à la moitié de ce qui fut promis. Et encore, pour une part, cette augmentation est versée au titre des cotisations patronales… que l’Etat se verse à lui-même, pour les pensions de ses fonctionnaires. Bref, le solde s’élève à peine à 1,7 milliard d’euros. Le tiers de ces engagements solennels.

Seules les promesses ont continué à pleuvoir. Fin 2007, le gouvernement proclamait un second engagement : une augmentation du budget de l’enseignement supérieur et de la recherche de 9 milliards d’euros d’ici à 2012. Malgré la multiplication de tours de passe-passe et d’écrans de fumée, le compte n’y est pas.

Ainsi du fameux plan Campus qui a tant fait parler de lui. 5 milliards investis en faveur de la qualité de vie universitaire, on est forcé d’applaudir. Mais la procédure imposée par le gouvernement -des partenariats public-privé -retarde tout. Cinq ans après, les universités n’ont perçu que 70 millions d’euros. Un peu plus de 1 % de la somme vantée par Valérie Pécresse à longueur de communiqués. Quant aux « programmes d’investissement d’avenir » lancés cette année et qui accordent une place importante à la recherche, il va sans dire que les sommes à verser d’ici mai 2012 seront modestes.
Il y a bien eu des dépenses réelles et nouvelles. Le crédit impôt recherche (CIR) a été réformé au bénéfice des grands groupes industriels. Comme l’ont montré de nombreux observateurs, dont la Cour des comptes et les commissions des Finances des deux assemblées, cette réforme a conduit à des stratégies d’optimisation fiscale et à des effets d’aubaine, sans effets significatifs sur la croissance des dépenses de recherche des entreprises.

Quant au budget 2011 de l’enseignement supérieur, sa hausse est limitée à 1,3 %. C’est moins que l’inflation. Les universités toucheront en fait moins cette année qu’en 2010 ! Côté recherche, les crédits diminuent en euros courants de 20 millions. Heureusement que les artistes de Bercy ont toujours des solutions à tout : les dividendes versés par Areva au CEA seront cette année pris en compte dans le budget, ce qui permet au gouvernement d’afficher une hausse parfaitement virtuelle.
Il est temps d’en finir avec ce jeu de bonneteau permanent et d’engager une augmentation réelle du budget des universités et de la recherche. Ceci réclame de rompre avec le dogme de la diminution du nombre des fonctionnaires. La recherche et l’enseignement sont des entreprises de main-d’oeuvre.

Développer leurs capacités réclame d’accroître leurs ressources humaines.

Pour donner aux universités autonomes les moyens de leurs projets sans empêcher l’Etat d’affirmer ses priorités nationales, nous préconisons par ailleurs une augmentation de 80 millions d’euros de « la part contractuelle » de la dotation aux établissements.

Mais la priorité budgétaire réside pour nous dans l’amélioration des conditions de vie et d’étude des étudiants. Et ce d’autant plus que le gouvernement a réduit le budget des CROUS de plusieurs dizaines de millions d’euros. Une politique volontariste d’aide au logement et à la restauration des étudiants exige une inversion de cette trajectoire.

Au-delà, le grand défi à relever consiste à refondre complètement les aides directes aux étudiants, alors que le taux d’accès à l’enseignement supérieur des enfants d’employés et d’ouvriers stagne, voire diminue. 500.000 bourses sont aujourd’hui versées annuellement. Leur montant moyen est de 3.200 euros pour un coût total de 1,6 milliard. En ajoutant autant en aides au logement et en crédits d’impôt pour les ménages favorisés, l’ensemble des aides en faveur des étudiants représente 4,5 milliards.

Nous proposons de porter à 1,1 million d’étudiants le nombre de bénéficiaires de bourse, pour un montant moyen de 5.000 euros. Il en coûterait 5,5 milliards d’euros soit 1 milliard à ajouter au financement actuel, qui pourrait être compensé par une économie sur le CIR. En instaurant de vraies bourses liées aux conditions sociales et au mérite, et en réformant les aides obsolètes ou « antiredistributives », il est possible de permettre à une fraction significative des « classes sociales défavorisées » d’accéder aux études universitaires et donc de faire redémarrer l’ascenseur social.

En fait, une politique visant à aider les universités et la recherche, à mieux permettre aux étudiants de poursuivre leurs études, quel que soit leur milieu social, coûterait moins que les sommes annoncées (mais jamais versées) du gouvernement actuel. Il suffit d’orienter ces financements vers la réponse aux besoins prioritaires : l’emploi scientifique et l’aide aux étudiants.

Publiée dans les Echos le 04/0711/11, cette tribune a été rédigée par le groupe Marc Bloch, qui réunit 59 présidents, directeurs d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche et hauts fonctionnaires.

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