Présidentielle 2012 : le think tank « Marc Bloch » préconise la création « d’un seul établissement par territoire », appelé « université »
Atteindre, d’ici à 2017, 50 % d’une classe d’âge diplômée du supérieur, élaborer des « schémas stratégiques régionaux » pour simplifier l’offre de formation du territoire, regrouper l’ensemble des formations sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ou encore créer « un nouveau type d’établissement, appelé génériquement ‘université’ », par territoire : ce sont quelques-unes des propositions sur l’enseignement supérieur et la recherche présentées par le groupe « Marc Bloch » à AEF jeudi 2 février 2012. Ce groupe se dit composé de « 59 présidents d’université, directeurs d’établissement d’enseignement supérieur et de recherche et hauts fonctionnaires », dont la plupart veulent garder l’anonymat du fait qu’ils sont en fonction. Ce groupe a deux porte-parole officiels : Axel Kahn, ancien président de Paris-Descartes et candidat PS aux législatives à Paris, et Lionel Collet, ancien président de Lyon-I, actuellement conseiller enseignement supérieur et recherche de Vincent Peillon, lui-même en charge de ces domaines dans l’équipe de campagne de François Hollande, le candidat du PS à l’élection présidentielle.
« Nous transmettons des notes à François Hollande, mais nous ne sommes pas ses porte-parole », commente pour AEF un membre du groupe. Il n’est pas nécessaire d’être socialiste pour être dans le groupe, ce qui réduirait trop le spectre. Nous sommes un petit think tank de gauche, social-démocrate, souhaitant la victoire de François Hollande contre Nicolas Sarkozy. »
Le groupe formule une vingtaine de propositions, articulées autour de trois grands axes : « élargir l’accès à l’enseignement supérieur, assurer la réussite des étudiants », « investir dans la jeunesse, un plan national pour la vie étudiante » et « un service public conquérant ».
Lionel Collet commente ces propositions pour AEF. Il souligne ainsi que « la dotation par étudiant devra augmenter », notamment en investissant « en moyens humains supplémentaires pour l’encadrement en première année de licence ». Il précise que l’objectif, en termes d’effort budgétaire, est de « tendre vers 3 % du PIB » pour l’enseignement supérieur et la recherche, dans le but de « rapprocher la situation française de celle constatée dans les autres pays développés ».
Le groupe « Marc Bloch » préconise aussi que le « MESR se [recentre] sur un rôle de stratège et de pilote de la politique nationale de formation et de recherche, coordonnant effectivement la totalité des programmes des différents ministères impliqués ». « La formation doit revenir au MESR, mais les autres ministères ont leur mot à dire sur les habilitations et les droits d’exercice », notamment pour les filières de santé, souligne Lionel Collet.
UN NOUVEAU TYPE D’ÉTABLISSEMENT UNIQUE PAR TERRITOIRE
Concernant la création d’un « nouveau type d’établissement appelé génériquement ‘université’ », le texte en détaille ainsi les modalités : « Hors Île-de-France, on tendra vers la création d’un seul établissement par territoire (par exemple la région ou l’académie). Le cadre législatif révisé promouvra en particulier la qualité démocratique et collégiale des institutions. Il permettra une application adaptée aux situations locales dans leur diversité. Les écoles ont vocation à rejoindre ces nouveaux établissements. Les forces locales des organismes de recherche seront parties prenantes des nouvelles universités ».
« Les composantes et les laboratoires feront la nouvelle ‘université’ », explique Lionel Collet. « Il ne s’agit pas de multiplier le nombre d’établissements », mais « ’l'université’ doit être complète et intégrer des composantes des SHS et des sciences dures ». « Si l’établissement appelé ‘université’ est de grande taille, il faut qu’il y ait une délégation [du pouvoir décisionnel] vers les composantes et les conseils », comme le Cevu (conseil des études et de la vie universitaire) et le CS (conseil scientifique), détaille-t-il.
REDÉFINIR LE « MILLE-FEUILLES » DE STRUCTURES
Autre proposition : simplifier le « mille-feuilles récemment cuisiné, (idex, PRES, labex, équipex, idefi, CVT, Satt, IHU, IEED, IRT, RTRA, ANR, Aeres, ITMO, Alliances, filiales, fondations…) ».
« Le rôle et les missions de chaque structure doivent être clairement définis en veillant à leur complémentarité avec les ‘universités’, les organismes de recherche et leurs organisations internes », écrit le groupe. Lionel Collet distingue « les structures dotées d’une personne morale », comme les PRES, des appels à projets, comme les equipex ou les labex, « que l’on doit garder car le pays accuse un retard », juge-t-il. « Mais a-t-on besoin de toutes ces fondations ? », interroge Lionel Collet.
« L’ANR a sa place dans le dispositif, assure-t-il aussi, mais sur des projets prioritaires de l’État ou émergents. Son rôle doit être circonscrit. » Dans le même ordre d’idées, le groupe souhaite rééquilibrer « les dotations récurrentes des laboratoires et les dotations sur projets ». « Les universités seront mises en capacité de financer des projets à risque », sur le modèle de ce qui se fait à Boston où « une structure pilotée par un groupe de scientifiques répond à des projets innovants et débloque des financements rapidement », commente Lionel Collet.
Sur le volet recherche, le groupe « Marc Bloch » se fixe l’objectif de « soutenir toutes les excellences ». Deux autres propositions sont faites : « Les organismes de recherche seront soutenus pour leur rôle de programmation nationale » et « le périmètre du CIR sera révisé pour notamment éviter les effets d’aubaine, favoriser le développement des PME-PMI et encourager l’embauche de docteurs ».
POUR UNE OFFRE DE FORMATION « ADAPTÉE AUX TERRITOIRES »
« En augmentant la réussite des bacheliers », l’objectif de 50 % d’une classe d’âge diplômée du supérieur d’ici à 2017 est « accessible », estime le conseiller de Vincent Peillon. Cet objectif s’articule avec la création « de nouvelles filières et formations à proposer dans le cadre régional ». Définir « un schéma stratégique territorial avec tous les acteurs », sur le modèle des schémas directeurs régionaux, permettrait de « simplifier et de rendre lisible l’offre de formation », y compris « les formations qui ne dépendent pas du supérieur ».
Il faut qu’un jeune « puisse avoir accès à un établissement d’enseignement supérieur à une courte distance », souligne-t-il, mais il faut également « envisager une passerelle des formations courtes vers les universités et des universités vers les filières courtes ». Par ailleurs, Lionel Collet estime qu’il faut « accroître [le nombre] de cycles courts, en lien avec les besoins économiques ». Le groupe « Marc Bloch » avance aussi l’objectif de « diversifier les parcours » : « Nous devons concevoir que, pour certains, la licence prendra quatre ans. Ces étudiants en difficulté doivent être repérés et encadrés par des personnes dont c’est la mission, et/ou des enseignants », précise-t-il.
VERS UN « PARCOURS D’AUTONOMIE »
Le groupe « Marc Bloch » liste enfin plusieurs propositions en matière de conditions de vie des étudiants, notamment la création d’un « parcours d’autonomie [qui inclut] des droits (concernant les conditions de vie, d’études et d’environnement, de nouveaux services proposés par les établissements), des aides modulées en fonction de la situation personnelle (bourses, accès à l’alternance, prêt) et des devoirs (assiduité, réussite, voire une forme de restitution à long terme) ». L’idée est, pour Lionel Collet, de « mener une réflexion sur l’ensemble des aides directes et indirectes et de mettre en place une allocation d’études pour ceux qui en ont besoin, ceux dont les parents n’ont pas fait d’études dans l’enseignement supérieur ». « En fonction du diplôme obtenu, la restitution d’une partie des aides sociales pourrait se faire sous forme [d'un prélèvement] fiscal », indique-t-il enfin.
Ces propositions ont été publiées par l’Agence Education France le 2 février 2012.